Les six filles et le pot 

Écouter et lire notre histoire 

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Il était une fois dans la tourmente qui rebat les cartes, des filles qui voulaient vivre.

 

C’était au temps du premier confinement. Quand tout s’est arrêté, que nous étions convaincues que le monde d’avant venait de péricliter dans un effroyable craquement.

Dans ce temps te souviens-tu, nous espérions l’avènement d’un monde d’après.

Un monde à imaginer en pleine liberté, avec le gros bon sens de ceux qui comprennent qu’ils s’en sont sortis de justesse.

 

C’est dans ce temps-là, chauffées au soleil de ce printemps intérieur d’une étrange beauté, que F.AIRE argile a été conçue, comme une réponse à l’urgence.

Une grande chose avait lieu pour ces filles qui voulaient vivre. 

Certaines le savaient et piaffaient.     

D’autres, plus rêveuses sentaient le souffle du nouveau les caresser. 

Le certain c’est que l’histoire était en chemin.

Quand le printemps vint à finir, te souviens-tu, le temps de l’espoir avait passé.

Un peu partout déception et colère éclatèrent. 

Le monde d’Avant restait Après. 

Ficelé aux humains comme le lard au rôti.

Pot empilé coté simple_edited.png

Elles voulaient résister avec leur métier, résister au plastique, à la consommation folle. Elles voulaient se souvenir que leur savoir-faire existe, qu’elles peuvent le transmettre, et que si leurs pots semblent chers, c’est qu’on exploite les travailleurs du bout du monde.  Ouvriers, potiers et tous autres, et qu’on ne recule devant aucune dégradation, aucune dévastation. 

Elles savaient qu’elles voulaient vivre de leur métier, penser aux autres vivants, donner et prendre ce dont elles ont besoin, rien de plus. 

 

Elles voulaient, elles veulent un monde pour leurs enfants. 

Elles veulent avec leur tête et leurs mains, inventer et retrouver des objets fonctionnels. Elles veulent crier que l’argile est une matière propre et naturelle. Elles veulent la faire reconnaître comme

M.A.D : Matière À Défendre, car elle est la compagne des humains depuis la nuit des temps et qu’elle a encore de beaux jours devant elle pour construire, protéger, contenir, conserver, rafraîchir, décorer, créer. 

Dessin table fond transparent .png

Par bonheur, le ferment de la grogne ébranla quelques esprits et souleva miraculeusement un élan collectif. 

Rassembler, réunir, montrer réfléchir, inventer, inviter … Voilà l’été. 

Un été de tourbillons, de rencontres, de parlotes, de travail et de fabrication.

Elles étaient heureuses. Embringuées dans le rêve d’un avenir prometteur. 

Mais tout passe et l’automne arriva. L’élan retomba.

C’est là, à l’approche de l’hiver, dans l’intimité de la lumière qui s’efface, que les six filles de F.A.I.R.E, celles qui voulaient vivre, se sont trouvées. 

Elles se sont trouvées… Vraiment trouvées. 

Elles ne se quittèrent plus.

Elles savaient ce qu’elles voulaient.
Elles n’oublieraient plus.

Alors, elles se sont mises au travail.

Avec patience elles ont imaginé une fabrique d’objets de lutte pour résister.

Elles ont pensé aux modes de production, aux relations, à des fonctions qui serviraient la cause des humains pour l’avenir, sans compromettre la vie sur terre.  

Elles ont posé en liste les conditions requises pour leur projet. 

Faire des objets, beaux, façonnés d’argile extraite à proximité, préparée simplement par des potiers. Les moines de Taizé par exemple, qui vivent avec sobriété de leur travail. 

Des objets cuits en mono-cuisson, pour réduire la consommation d’énergie.

Élaborer des émaux composés de matériaux qui n’exigent pas de nouveaux prélèvements dans la nature. 

Elles ont alors à coup d’efforts, de confiance et de souvenirs mis au point un mélange.  Des cendres de leurs  poêles de chauffage, des déchets de carrière de pierre et un peu d’argile pour lier le tout. 

Pots empilés .png

C’est ainsi qu’avec peu, elles ont façonné des pots, beaux comme le désert, plein de douceurs et de nuances. 

Pot décomposé noir.png

À force de travail, d’échecs, de rires et de rencontres, les voilà prêtes. 

 

 

Dans ce nouveau printemps et en attendant la production de fin d’été, voici le temps du démarchage et de la commercialisation avant de se jeter à nouveau dans le travail de mise au point d’un second objet de lutte. 

L’irrigation, la clim ? 

Allez savoir dans quelle direction la vie soufflera.

ensemble pot _edited.png

Les six filles de F.A.I.R.E, comme elles se nomment maintenant, rassemblées autour d’un projet vivant, ont aussi établi un protocole de travail, car elles veulent pouvoir produire en quantité. Plus encore, elles organisent un système tel que les potiers qui le souhaitent, pourront être appelés à gagner leur vie, comme une armée de réserve, quand les commandes seront nombreuses. Une sorte de brèche fertile pour leur métier, dans ce monde qui part à la dérive. Elles ont pensé la mise-en-œuvre d’une chaine de production éphémère et la possibilité d’y associer d’autres depuis chez eux. 

 

 

Elles veulent des objets simples et pratiques. 

En avril, joli mois d’avril 

Leur premier objet de lutte a vu le jour, répondant à tous leurs critères:

le pot à lacto. 

 

Génial. Tout y est. D’autant que la lacto-fermentation est connue pour ses bienfaits sur la santé.  Et puis c’est tellement simple: du sel, des légumes, un peu d’eau et chacun peu préparer ses conserves pour l’hiver, faire preuve d’imagination ou renouer avec les traditions car c’est un procédé bien connu. C’est celui de la  choucroute, des cornichons doux et du kimchi de Corée. 

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Rien n'interdit aux aventuriers du goût de mijoter

de nouveaux usages quotidiens.

Ce qui est sûr, c’est que ces six là ne se quitteront pas. 

Pas de sitôt en tout cas.  

À suivre ...

avec la voix de Jeanne Peylet-Frisch